Nouvelle économie : mode d'emploi

Malgré une politique économique qui vise à les favoriser, et plus de 2 trillions de dollars injectés dans l’économie américaine, seulement 36000 emplois ont été créés le mois dernier, alors que 26 millions d’Américains sont au chômage. En décembre, 4184000 Américains ont retrouvé du travail, tandis que 4162000 perdaient le leur. La technologie détruit inexorablement des emplois, ainsi grâce à l’informatique, le New York Stock Exchange a éliminé 1000 postes, et désormais il n’y a plus d’agents de bourse. Une bibliothécaire ne peut trouver 36000 résultats à une recherche en une seconde comme le fait Google.

La division entre cols bleus et cols blancs n’a plus de raisons d’être. Il faut lui préférer, désormais, la division entre créateurs et serveurs. Les premiers créent de la valeur ajoutée, grâce à des services qu’ils inventent, ou à des innovations technologiques. Les seconds sont là pour rendre service aux autres, en pourvoyant à leurs besoins : construire des maisons, fournir un conseil légal… Ce sont eux qui font les frais des avancées en matière d’automatisation des taches et de changements de procédures pour aboutir à des suppressions de postes. Le spectre des services que les serveurs rendent peut être subdivisé en plusieurs groupes :

- les "sloppers" : ils déplacent des objets d’un endroit à un autre d’une organisation, sans y adjoindre la moindre valeur. Ils sont faciles à éliminer avec de la programmation, ou des améliorations sur les chaînes de logistique.

- Les éponges : ils gagnent leur vie par le truchement d’un diplôme, d’une licence ou d’un permis qui leur permet l’accès à un métier réglementé, et aux Etats Unis, ils représentent 23% de la population. Or, de nouveaux développements logiciels tels que eDiscovery permettent dans certains cas, de se passer des services d’un avocat en matière de relecture de contrat. Même les médecins sont concurrencés par des scanners intelligents qui établissent des diagnostics.

- Les "supersloppers" : ils vivent des larges surfacturations opérées sur des biens ou des services qu’ils ont agrémentés de gadgets ou de sophistications qui ne leur ajoutent pas vraiment de valeur intrinsèque, et ne créent pas de richesse pour l’économie, à part celle qu’ils empochent eux-mêmes.

- Les amaigrisseurs travaillent dans la finance et à Wall Street pour pourvoir des fonds à l’économie, et protéger les organisations de la volatilité des cours. Grâce aux innovations en matière d’électronique, le coût des opérations de trading s’est réduit, tandis que les organisations négocient de plus en plus les commissions des intermédiaires lors des fusions acquisitions.

- Les voleurs : ils vivent des mesures gouvernementales ou des règlementations inhérentes à un secteur en particulier, comme les opérateurs de téléphonie, ou les experts de diagnostic immobilier. Ces métiers sont menacés par les nouvelles technologies comme celle que Skype utilise, ou encore par la tendance des consommateurs à se tourner vers le streaming pour de plus en plus d’applications, sans parler de la menace de tout changement du régime légal qui encadre leur profession.

Nous sommes dans une décennie de mutation, et des signes attestent déjà de l’importance de ce mouvement de fonds : la désaffection des jeunes pour les études de médecine ou de droit, ou encore le dynamisme de la cotation en bourse d’entreprises telles que Apple, ou Google, comparées à des entreprises de média, ou de distribution. Heureusement, l’histoire nous apprend que lorsque des métiers sont détruits par vagues, de nouvelles technologies, ou façons de faire, font jaillir de nouveaux besoins, de nouvelles compétences, de nouveaux métiers.

  • Source:The Wall Street Journal
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