Trader fraudeur de l'UBS : serait-ce la faute des hormones?

L’UBS vient d’essuyer des pertes de l’ordre de 2,3 milliards de dollars en raison des activités frauduleuses de l’un de ses traders. The Economist s’est demandé si cette fraude était seulement le fait d’un cas isolé, ou le reflet de caractéristiques de ce secteur ?

Si l’on s’en tient aux travaux de John Coates, un neuroscientifique de l’université de Cambridge, lui-même ex-trader sur les produits dérivés, les hormones guident les décisions d’investissement bien plus que les banques ou les économistes ne se l’imaginent. Lorsque les traders prennent des décisions qui se concrétisent par des gains, leur taux de testostérone grimpe au point de déclencher un sentiment d’euphorie qui leur fait sous-estimer le risque. Et lorsqu’ils sont intensément stressés, la corticosurrénale produit le cortisol, une hormone qui peut les rendre exagérément craintifs et réticents à la prise de risque.

Coates pense que ce sont les émotions « incroyablement puissantes » qui rendent les traders « fous ». Lors d’expériences déroulées à la City de Londres, il a constaté que les niveaux de cortisol présent dans la salive des traders pouvaient varier de 500% au cours d’une même journée, et ce phénomène était corrélé avec la volatilité implicite des titres. « L’incertitude est pire que le choc », explique Coates. « C’est toujours pire de ne pas savoir où est le monstre».

Le cortisol permet aux humains de se souvenir des évènements importants pour les préparer au danger. Mais une exposition permanente au stress déclenche une production de cortisol telle que l’on finit par ne plus avoir une appréciation correcte du risque, et que l’on perçoit des menaces même lorsqu’il n’y en a pas. Cette perte de jugement est aggravée par d’autres symptômes de stress, notamment l’insomnie. Coates a également remarqué que lorsque les traders présentaient de forts niveaux de cortisol, leur attitude de calme apparent dissimulait totalement l’état de stress que cela impliquait.

Comment les banques peuvent-elles s’affranchir des effets induits par ces hormones sur les décisions d’investissement ? En recrutant plus de femmes. Avec une production de testostérone représentant seulement 10% de celle des hommes, les femmes sont moins susceptibles de tomber dans des états d’exubérance extrême. Les situations de compétition ne déclenchent pas chez elles des sécrétions de cortisol aussi fortes que celles de leurs homologues masculins, et les situations de marchés instables ne les perturbent pas autant qu’eux. « Appelez cela la « diversification hormonale », conclut the Economist.

  • Source:The Economist
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