Vous recherchez un leader pour votre entreprise? Pensez à un toxicomane ...

Quelles sont les qualités qui ont fait le succès de grands managers visionnaires comme Jeff Bezos, le CEO d’Amazon, Larry Ellison, celui d’Oracle, ou encore Steve Jobs, le charismatique patron d’Apple ? L’une d’entre elles est définitivement leur tendance compulsive à prendre des risques, et à rechercher constamment la nouveauté. Ce sont aussi des caractéristiques que l’on retrouve dans les personnalités victimes de dépendances, que celles-ci proviennent du jeu, de la cigarette, du sexe, ou de la drogue, explique David Linden dans le New York Times. Mais comment associer le type du battant absolu avec celui de la personne accro, à laquelle on associe souvent un manque de volonté ? Pour comprendre cette contradiction, il faut examiner ce qui se passe dans le cerveau, et en particulier les fonctions qui sont liées au plaisir et à la récompense.

Le plaisir est au cœur de notre apprentissage, il est un moteur essentiel à notre survie : sans lui, nous ne pourrions ni rechercher de la nourriture et de l’eau, ni avoir d’enfants. Il provient de messages neuronaux qui convergent en minuscules paquets de neurones interconnectés dans le cerveau, le long du faisceau médian du télencéphale, dans lesquels le neurotransmetteur dopamine joue un rôle crucial. Ce cheminement du plaisir basé sur la dopamine qui a mis des millénaires pour se raffiner, peut également être activé par certaines substances psychoactives comportant un risque de dépendance, comme la cocaïne, l’héroïne, la nicotine ou l’alcool, et certaines activités, telles que le jeu, ou le sexe.

On a pensé que les sujets les plus vulnérables à la dépendance ressentaient plus fort le plaisir que les autres, et que c’est ce qui les motivait à le rechercher de façon plus intense. Mais des recherches menées sur des animaux et des scanners du cerveau humain ont démontré qu’en fait, c’est le contraire : les personnes dépendantes veulent plus de plaisir, mais elles l’apprécient moins.

On s’est rendu compte que les variants génétiques qui supprimaient le signalement de la dopamine dans le circuit du plaisir augmentaient significativement les comportements de recherche du plaisir, et la recherche de la nouveauté. Leurs porteurs doivent rechercher de plus hauts niveaux de stimulation pour obtenir le niveau de plaisir auquel les autres peuvent accéder en se modérant. Ce sont ces récepteurs variants de dopamine qui sont associés avec un plus grand risque d’addiction.

Or, le goût du risque et la recherche de la nouveauté qui caractérisent leurs porteurs en font des individus recherchés sur le marché du travail. Le même cerveau qui peut faire d’eux des sujets victimes de dépendances est aussi celui qui leur confère des qualités recherchées. Aussi, lorsque vous recherchez un leader pour votre entreprise, cherchez quelqu’un avec une fonction de dopamine atténuée : quelqu’un qui ne peut se satisfaire d’un status quo, quelqu’un qui a plus besoin du succès que les autres, mais qui l’apprécie moins.

David J. Linden est professeur de neuroscience à l'école de Médecine de l'Université Johns Hopkins et l'auteur de “The Compass of Pleasure: How Our Brains Make Fatty Foods, Orgasm, Exercise, Marijuana, Generosity, Vodka, Learning, and Gambling Feel So Good.” (Le compas du plaisir : comment notre cerveau nous fait aimer les aliments gras, l'orgasme, l'exercice, la Marijuana, la générosité, la vodka, l'apprentissage et le jeu)

 

(Image  Attributionpar LuChOeDu )

 

 

  • Source:The New York Times
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