Pourquoi le recrutement d'un CEO superstar d'une autre société n'est pas une sage décision

Superman

The Economist rappelle que la semaine dernière, Leo Apotheker, qui dirigeait Hewlett-Packard (HP), a été débarqué et remplacé par Meg Whitman. Depuis 1999, la compagnie a remplacé 6 CEO.

Pour le magazine cet échec proviendrait du culte du « CEO Sauveur », et de son corolaire, le choix d’un CEO hors de l’entreprise. Les firmes recrutent de plus en plus des patrons qui ont réussi ailleurs sur l’hypothèse que leurs talents sont transférables, et souvent, le cours des actions s’envole à la nomination d’une vedette. Dans les années 70, cette pratique ne concernait que 15% des remplacements de CEO des 1000 firmes suivies par Forbes. Au début des années 2000, 33% des CEO de ces sociétés avaient été choisis à l’extérieur, et dans le secteur des techs, c’est encore plus fréquent.

Pourtant, les recherches indiquent que cela donne rarement les résultats escomptés. Jim Collins, qui a écrit “Good to Great”, affirme que les grandes compagnies devraient toujours rechercher leurs CEO dans leurs rangs. Pour Rakesh Khurana de la Harvard Business School, désigner un CEO externe que l’on présente comme un sauveur érode le moral des troupes. 
Richard Cazier de l’Université Chrétienne du Texas et John McInnis de l’Université d’Austin, Texas, ont étudié 192 CEO non issus de la société dans laquelle ils avaient été nommés, entre 1993 et 2005. Ces CEO avaient été recrutés après avoir bien réussi dans une firme, et accueillis avec un gros bonus. Mais la conclusion de leurs études, c’est que ces primes étaient inversement corrélées avec leur réussite à leur nouveau poste. En clair, plus ils étaient payés, plus ils étaient mauvais dans leurs nouvelles fonctions.

 

Comment l’expliquer ? Les PDG vedettes ont souvent une idée exagérée de leurs compétences. Ils s’arrogent tout le mérite des succès de la société où ils ont officié précédemment, en oubliant que bien d’autres facteurs sont rentrés en ligne de compte, et qu’en particulier, d’autres ont contribué à ces succès. Ils se sentent capables à eux seuls de transformer une culture d’entreprise, mais généralement, ils échouent. Les auteurs ont également remarqué que la tendance à recruter des CEO de l’extérieur était plus fréquente dans les sociétés dont les conseils de direction étaient « trépidants et inattentifs ».

Quelques fois, ça marche bien quand même, à l’exemple de Lou Gerstner, ex-CEO de MCKinsey et American Express qui a su redonner un second souffle à IBM. « Mais HP tente sûrement le diable en désignant un 4ème CEO de l’extérieur (ou presque extérieur, compte tenu qu’elle a passé quelques mois au conseil de direction) », conclut le magazine.

  • Source:The Economist
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