Pourquoi les petites entreprises arrivent à supplanter les grandes ?

Les grandes entreprises ont souvent des actifs sur lesquels se reposer : de l’argent, des marques, des brevets, des locaux, de l’élan… et pourtant, il arrive que des nouveaux venus les supplantent sur leurs marchés. Luke Johnson, du Financial Times, a identifié 10 raisons, 10 pathologies pour expliquer ce paradoxe :

1. Le sophisme de l’argent irrécupérable : Lorsque de l’argent a été investi à perte sur une mauvaise idée, et que personne au conseil d’administration ne veut prendre la responsabilité de le remettre en cause. Les petites entreprises ne peuvent se permettre d’insister dans une mauvaise idée, et changent vite de cap en cas d’erreur.

2. Groupthink : lorsqu’une erreur de jugement se perpétue parce qu’elle devient la norme d’un secteur, d’une élite, d’une profession. Un bon exemple est celui des subprimes, qui a fait "tomber" tout le secteur de la finance sur la base d’hypothèses fausses partagées par tous, et que personne n’aurait cherché à vérifier auprès d’experts indépendants.

3. L’obsession de la gouvernance d’entreprise (corporate governance) : de plus en plus, les institutions privilégient le respect des procédures plutôt que la créativité et le pragmatisme.

4. Le rapt institutionnel : il a lieu lorsque l’équipe managériale se met à diriger l’entreprise pour son propre bénéfice, plutôt que dans l’intérêt des propriétaires réels. On peut observer ce phénomène à l’œuvre dans les banques, où des cadres seniors s’octroient des millions de dollars en rémunération d’un travail tout à fait quelconque, et oublient qu’ils sont facilement remplaçables, alors que l’établissement bancaire lui-même a mis des années à en arriver là où il est.

5. La politique de bureau : les guerres internes auto-destructrices sont endémiques des grandes entreprises, et probablement ce qui anéantit le plus de valeur. Un excellent article du New York Times avait rapporté que Microsoft avait conçu une tablette il y a dix ans de cela, qui aurait pu concurrencer l’iPad d’Apple. Mais d’autres divisions au sein de Microsoft conspirèrent pour faire capoter le projet parce qu’elles ne voulaient pas que des ressources dont elles bénéficiaient soient détournées à son profit.

6. Le défaut de mentalité de propriétaire : Quand les employés ne sont pas actionnaires d’une entreprise, ils tendent à être moins conscients des coûts, et à gaspiller davantage.

7.L’aversion du risque : dans les grosses sociétés, une erreur se paye bien plus cher que la valeur des récompenses décernées pour les succès. Cette réalité conduit les individus à avoir des stratégies prudentes qui ne risquent pas de nuire à leurs perspectives de carrière. Les petites entreprises n’ont rien à perdre, et sont donc plus enclines à innover et essayer des choses.

8. Le fardeau de l’histoire : beaucoup de vieilles sociétés ont des héritages à problèmes, comme un plan de retraite déficitaire, des syndicats puissants, des mauvais équipements…Les nouveaux venus peuvent sous-traiter plus facilement et faire appel à des technologies plus récentes.

9. Des médiocrités anonymes : on ne peut pas cacher sa médiocrité dans une petite société, alors que dans les grandes, les mauvais peuvent s’en tirer à bon compte pendant longtemps.

10. Des marches saturés : les grosses compagnies recherchent les gros marchés, plus compétitifs, et générant de ce fait des marges plus faibles. Les petites sociétés peuvent se concentrer sur des niches plus lucratives.

(photo Attributionpar objectif tinou)

  • Source:Financial Times
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