Les maisons d'édition américaines pleurent le départ d'Oprah Winfrey

Oprah Winfrey vient de passer 18 mois à faire ses adieux au talk show qu’elle animait depuis 25 ans, pour se consacrer à une nouvelle émission sur une chaine du câble, et son programme s’est achevé mercredi dernier, dans l’émotion et les pleurs.

Mais les techniciens du plateau ne devraient pas être les seuls à s’en émouvoir : les éditeurs réunis pour le BookExpo America à New York, pourraient bien se mettre à pleurer aussi. Car le programme quotidien qu’elle animait a permis d’écouler pas moins de 55 millions d’exemplaires des 70 ouvrages qu’elle a pu recommander au fil des émissions qui se sont succédées après 1996, et elle ne renouvellera probablement pas ce succès dans son nouveau programme.

 « Ils [les lecteurs auditeurs de son émission] lui faisaient confiance au point qu’ils auraient lu des livres qu’ils n’auraient cherché à lire par eux-mêmes », explique David Shanks, Président de Penguin US, qui a publié 11 des livres conseillés par Oprah Winfrey. A une ère où les individus sont submergés par les media, alors que les authentiques critiques littéraires perdent de l’influence avec le déclin de la presse écrite, elle a su s’imposer comme une sorte de guide pour naviguer dans cette profusion.

Or, actuellement, les maisons d’édition font face à un autre enjeu : elles peinent à développer des stratégies marketing efficaces pour les ouvrages numériques. Amazon et Apple proposent des fonctions de recommandation, mais elles favorisent les best-sellers et les maisons d’édition ont le plus grand mal à donner de la visibilité à des œuvres moins populaires. Les lecteurs eux-mêmes se plaignent de la pauvreté des résultats des moteurs de recherches et finissent par se rendre chez leur libraire pour obtenir des conseils.

Oprah Winfrey a bâti son audience à une époque où la concurrence était bien modérée, et aujourd’hui, avec la multitude de chaines de télévision, les réseaux sociaux, et les autres sollicitations offertes au public, il ne serait probablement plus possible de développer une telle influence à la télé. Le véritable défi des éditeurs est donc plutôt de savoir s’ils seront capables d’inventer une formule pour les media numériques transposant ce qu’elle a créé à la télévision sur internet.

 

  • Source:Financial Times
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