Les ordinateurs lisent nos pensées aujourd'hui, ou comment le mensonge va devenir impossible...

Récemment, Bin He et ses collègues de l’Université du Minnesota ont publié dans the Public Library of Science les résultats de leurs travaux, qui ont permis à des sujets de commander le vol d’hélicoptères virtuels simplement par la pensée. Les signaux que des électrodes avaient captés dans leur crâne avaient été transmis à un ordinateur qui les avait convertis en instructions.

Beaucoup de progrès doivent encore être accomplis dans ce domaine, mais ils sont en bonne voie d’être réalisés, d’autant plus que cette technologie a beaucoup de débouchés. Tout le monde pourra opérer des machines uniquement par la pensée. Cela permettra aux personnes handicapées, et notamment à celles qui le sont le plus lourdement, de communiquer avec des machines plus simplement qu’aujourd’hui. Des personnes emprisonnées dans des comas ou des syndromes d’enfermement pourront retrouver un moyen de se faire comprendre. Pour les personnes valides, cela pourrait se concrétiser par des logiciels à qui l’on pourrait dicter des documents silencieusement, rien qu’en songeant à ce qu’il faut écrire. Mais pour The Economist, ces systèmes auront une conséquence de taille : ils aboliront le mensonge.

Est-ce une bonne chose ? Nous sommes éduqués moralement pour haïr le mensonge, et de nos jours, en matière de management, on érige la transparence comme la meilleure des vertus. Mais la vérité, c’est que le mensonge est le cœur de la civilisation, ce qui permet au monde de tourner.

C’est le mensonge qui rend la vie de couple possible (« mais non ce pantalon ne te fait pas de grosses fesses »), qui soude les équipes dans les bureaux (« Ne t’inquiète pas, on te soutient sur ce projet »), et il est un ingrédient essentiel de la recette de la parentalité (« Ce n’est pas grave si tu ne te souvenais plus de la chanson et que tu as perdu ton chapeau de sorcière. Tu étais formidable »). Sans leurs mensonges, les politiciens pourraient peut-être gagner en intérêt, mais les partis ne pourraient pas résister à la révélation des tentatives de manipulation et des crises de jalousie qui se jouent constamment entre leurs membres.

Mais le pire serait probablement à rechercher dans les relations entre l’Etat et le citoyen. Dire la vérité au pouvoir ne serait plus de la bravoure, mais l’inévitable, et dans les dictatures, les dissidents ne pourraient plus résister.

Les technologies de l’information rognent de plus en plus sur notre vie privée, qui devient une denrée rare. Les sites internet cherchent à détecter ce que nous apprécions pour nous le vendre. Les téléphones mobiles révèlent où nous sommes. Les caméras enregistrent ce que nous faisons. Si nous devions perdre aussi notre vie privée mentale, nous ne pourrons plus nous cacher nulle part.

  • Source:The Economist
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