Et vous, avez-vous déjà été soigné avec des placebos?

Est-il correct vis-à-vis des malades de leur prescrire des placebos, ces produits qui imitent les médicaments mais n’en ont pas les effets thérapeutiques, sans les en avertir ? Une étude du British Medical Journal publiée en 2008 avait révélé que près de la moitié (45%) des médecins des hôpitaux de Chicago avaient soigné leurs patients en leur donnant des placebos, et que seulement 4% d’entre eux leur avaient dit ce qu’ils leur donnaient.

Le placebo met en évidence l’impact psychologique d’un traitement sur le patient : il anticipe qu’avec ce traitement, il sera guéri, et grâce à l’optimisme qui en découle, son état de santé s’améliore réellement, indépendamment des principes actifs du remède. C’est la raison pour laquelle les chercheurs opposent les nouveaux médicaments à des placebos lors des tests, parce qu’ils cherchent à dissocier les effets du principe actif de ce médicament des effets psychologiques du traitement.

Il est ainsi de plus en plus courant de voir les médecins prescrire des cures de vitamines, lorsque leurs patients se plaignent de fatigue, quand bien même ils ne présentent pas de carence. Certains praticiens, comme Harriett Hall, un médecin à la retraite, s’inquiètent de ce que ces pratiques peuvent reporter l’administration d’un véritable traitement. Le Docteur Hall prend l’exemple du rapport d’un essai thérapeutique sur des patients asthmatiques, qui a démontré qu’ils se sentaient mieux avec le placebo, mais que l’état de leurs poumons ne s’était pas amélioré, ce qui signifiait que leur confiance excessive dans leur état de santé pouvait les mettre à la merci d’une crise d’asthme grave, à laquelle ils pourraient succomber. « Cela [l’administration d’un placebo] implique la tromperie. Mentir est mal, et si les médecins commencent à mentir aux patients, cela détruit la confiance. Et c’est une mauvaise chose. », estime-t-elle.

L’effet des placebos est temporaire et inégal, selon elle, et il reste sans effet sur le déroulement de la maladie en elle-même. De plus, les médecins peuvent prendre l’habitude néfaste d’administrer des médicaments uniquement pour leur effet placebo, sans prendre en compte les effets secondaires nocifs possibles, et l’effet nocebo qui en découle (l’effet psychologique antagoniste du placebo, c'est-à-dire, des douleurs uniquement provoquées par la crainte des effets secondaires du traitement). Par exemple, certains vont donner des antibiotiques à un patient dont ils suspectent qu’il a une infection virale parce qu’ils espèrent le rassurer, tout en sachant que ce traitement sera inopérant sur sa maladie. Le docteur Hall pense qu’au lieu de donner des placebos, les médecins devraient consacrer plus de temps aux malades.

Pour le Docteur Ted Kaptchuk, qui dirige un centre de recherche sur les placebos à l’Hôpital Beth Israel Deaconess de Boston, dissimuler que l’on a administré un placebo n’est pas éthique, mais les études ont montré qu’un traitement avec un placebo peut être efficace même lorsque le patient en est averti, et qu’il reste utile pour réduire l’anxiété et la dépression des malades.

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