Implants mammaires PIP : film gore de série B, ou authentique drame de société?

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30.000 Françaises se sont fait poser des implants fabriqués par la société Poly Implants Prothèses (PIP), qui a été liquidée en mars 2010. Certaines des prothèses fabriquées par cette société avaient été remplies avec un gel de silicone non médical irritant. Ces prothèses sont plus susceptibles de se rompre, libérant le silicone dans le corps, et provoquant des infections, et de terribles douleurs. 2000 Françaises ont déjà porté plainte pour des problèmes de rupture d’implants. Le scandale est tel, que le gouvernement français se tient prêt à couvrir les frais de retrait des implants de milliers de patientes. Et ce n’est qu’un début. De 400.000 à 500.000 femmes dans le monde se seraient fait poser des prothèses mammaires PIP.

Dans ce film gore, rien ne manque, écrit Laurie Penny du Canberra Times : "du sang, des seins, des erreurs médicales, et les Français". Et pourtant, peut-on se contenter de taxer les femmes qui en sont les victimes de futilité, de bêtise, même ? Cela n’est pas si simple. Une petite partie de ses femmes sont des transsexuelles qui ont reçu ces implants pour leur donner un aspect plus féminin ; une plus grande partie les ont reçus au cours d’une opération de chirurgie reconstructrice à la suite d’une mastectomie. Mais pour la grande majorité, leur motivation est autre.

Beaucoup de femmes intelligentes se font poser des implants, comme beaucoup de femmes intelligentes du siècle passé acceptaient de porter des corsets. La lingerie chère, oppressive et potentiellement meurtrière a été remplacée par des régimes, des excès d’exercice, et de la chirurgie, également onéreux, oppressifs et potentiellement mortels.

Pourquoi les femmes se soumettent-elles à ces diktats ? Si l’on en croit les publicités des chirurgies esthétiques, les opérations sur la poitrine vont leur apporter confiance, pouvoir, et des possibilités de choix. Beaucoup de jeunes femmes intelligentes considèrent que cela vaut bien la peine du traumatisme physique et des risques qui lui sont associés, et celles qui peuvent se les payer acceptent de se faire charcuter pour avoir un corps plus séduisant.

« Nul besoin d’un scandale d’implant pour comprendre qu’il y a là quelque chose de profondément détraqué, et que cela n’a rien à voir avec une illusion. », écrit la journaliste. « Parmi les pires choses que le capitalisme contemporain fait aux femmes, on trouve la manipulation de notre désir d’indépendance, de notre souhait légitime d’avoir confiance en nous-mêmes et d’être respectées, pour nous vendre des chaussures, des sacs à main, et des opérations chirurgicales dangereuses. »

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