L'abstention: un choix citoyen?

Un nouveau parti s'invite aux élections législatives du 13, du 20 ou du 27 juin: le parti des abstentionnistes. Son slogan implicite: « Foert! » - pour mes lecteurs peu habitués aux subtilités langagières de mon plat pays, c'est l'équivalent de « zut », « merde » ou « allez vous faire foutre ». Sa couleur: le blanc. Son signe de ralliement: le bras d'honneur. Son origine: une grosse, grosse colère.

Une émotion.

Mais tout bien considéré, ce n'est pas la première fois qu'il se présente, le « PdA ». Il est même là à chaque scrutin, depuis le tout premier qui ait été organisé dans le Royaume. Mais ce n'était jusqu'ici qu'une petite phalange d'indifférents, d'indécis, de paresseux, d'aquoibonistes. Cette fois, c'est peut-être autre chose. Le parti des abstentionnistes est désormais drivé par des activistes amateurs pour qui ne pas voter est une façon de voter, l'expression d'une opinion. Une tentative ultime - et désespérée? - de faire en sorte que ça change.

Stijn MeurisLe coup d'envoi de la campagne du parti a été donné par un bekende Vlaming, une star flamande du showbiz: Stijn Meuris (photo) Sans un mot sur BHV ni sur les institutions qu'il faut une fois de plus réviser. Au refrain: Si vous, les politiciens, vous êtes incapables de prendre vos responsabilités, pourquoi devrions-nous, nous les citoyens, vous cautionner en accomplissant ce qu'on dit être notre devoir?

Le message dérange. Dès la parution de ce brûlot dans la Gazet van Antwerpen, avant le Standaard, le petit De Croo a réagi par un tweet. Et aussi Groen!, et la NV-A. Pour dire à Stijn qu'on le comprend, mais qu'il se trompe. Lundi matin, on a vu apparaître sur la toile un premier site « je ne vote pas« . Tout ça se passe en Flandre mais la fumée se voit de partout et le feu de broussailles pourrait s'étendre.

A titre préventif, Le Soir moralise déjà en édito. Sermon nunuche et convenu à la gloire de « tous - nos - ancêtres - qui - se - sont - si - bien - battus - pour - le - suffrage - universel ». A quoi j'oppose que lorsqu'elle est consciente et réfléchie, l'abstention est bel et bien un geste politique. C'est aussi l'avis de Pierre Rosanvallon et de Daniel Cohn-Bendit.

Ce n'est pas pour autant qu'il s'agisse, ici, hic et nunc, d'un geste efficace et efficient. Mais je me dis que cette fois, cela mérite (vraiment) réflexion...

A lire aussi: Pamina (« Le bien commun« ) n'a pas aimé l'édito du « Soir ».

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Charles Bricman

Charles Bricman a quinze ans de journalisme (La Libre Belgique, Le Vif-L'Express, Le Soir), dix autres à la direction du service juridique de l'ULB, et puis quatre dans le transfert de technologies et la création d'entreprises.

Son blog s'appèle: On a des choses à se dire

 

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