Le souhait N°1 des millionnaires chinois? Quitter la Chine...

M. Su est un millionnaire chinois qui s’est enrichi dans la construction de gratte-ciels à Pékin. Il partage le souhait de beaucoup de nouveaux riches chinois : quitter le pays. Il voudrait protéger ses biens, il ne veut plus avoir à se surveiller lorsqu’il parle, et il voudrait un deuxième enfant.

De plus en plus de Chinois fortunés font des démarches pour obtenir un passeport étranger, pour voyager plus facilement, mais aussi pour organiser leur départ de Chine. Les Etats Unis sont la destination favorite, pour leurs systèmes de santé et d’éducation. Sur les 20.000 Chinois disposant d’une fortune supérieure à 100 millions de yuans (environ 10 millions d’euros), 27% ont déjà émigré et 47% l’envisagent, selon une étude de China Merchants Bank et des consultants américains Bain & Co, publiée en avril.

Les motivations sont toujours les mêmes. Les fonctionnaires ou hommes d’affaires corrompus veulent soustraire leur argent acquis illégalement. D’autres veulent rejoindre des membres de la famille déjà émigrés aux Etats Unis. Pour beaucoup, c’est le régime qui pose problème. « En Chine, rien ne vous appartient », explique M. Su. « Comme acheter une maison. Vous l’achetez, mais elle reviendra au pays 70 ans plus tard. Mais à l’étranger, si vous achetez une maison, elle vous appartient pour toujours. Les hommes d’affaires et les fonctionnaires s’inquiètent pour la sécurité de leurs biens ». Certains voudraient aussi s’affranchir de la politique de l’enfant unique.

Leo Liu, marketing manager au cabinet de consultance Beijing emigration consultants Goldlink, explique que depuis 15 ans, de plus en plus de Chinois veulent émigrer, en particulier pour le Canada, pour permettre à leurs enfants de bénéficier d’un meilleur niveau d’éducation et de meilleurs soins de santé. « Et pour certains d’entre eux, c’est juste parce qu’ils adorent la vie dans un pays étranger, le style de vie occidental », ajoute-t-il.

Enfin, l’écart grandissant entre la situation de ces super-riches et celles des pauvres Chinois nourrit aussi un sentiment d’inquiétude. Pour Rupert Hoogewerf, qui gère la tenue de la liste des riches Hurun, l’équivalent chinois de la liste de Forbes, obtenir un passeport, c’est comme « prendre une police d’assurance ». « S’il y a des troubles politiques ou que les choses changent soudainement en Chine - et comme c’est un grand pays, les choses pourraient mal tourner – ils ont déjà un passeport pour quitter le pays. C’est un filet de sécurité additionnel. « Pour beaucoup de riches, le gouvernement autoritaire suscite des inquiétudes », chuchote un millionnaire dans le carré VIP d’un restaurant de Pékin. « C’est un sujet très sensible. Tout le monde le sait. C’est plus libre, et il y a plus de justice, à l’étranger ». 

 

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