Les hommes tombent-ils 'enceints' aussi?

Les femmes ont le privilège de donner la vie, mais aussi d’en ressentir les tourments. Et les hommes… Eh bien, Pierre Desproges a lui-même constaté que la grossesse n’était pas de tout repos pour l’homme : « L'accouchement est douloureux. Heureusement, la femme tient la main de l'homme. Ainsi, il souffre moins ». Même si les hommes ne tombent pas « enceints » à proprement parler, ils peuvent éprouver durant la grossesse de leur compagne un ensemble de symptômes tout à fait comparables à ceux que leur partenaire peut ressentir, à savoir :

- La prise de poids. La moitié des futurs papas peuvent grossir jusqu’à prendre 15 kilos pendant la grossesse de leur partenaire ;

- Des nausées ;

- De la fatigue ;

- D’irrésistibles fringales alimentaires ;

- Des dégoûts pour certaines odeurs ;

- Des problèmes de sommeil ;

- Une tendance au ballonnement.

La plupart du temps, ces symptômes sévissent sur le premier trimestre, ils s’évanouissent dans le second puis ils redeviennent  manifestes dans le dernier trimestre. La « couvade », comme on l’appelle, n’est pas une manie moderne d’homme ultrasensible, et elle correspond à une réalité biologique.

Les chercheurs Storey et Wynne-Edwards ont mis en évidence le rôle d’une hormone, la prolactine, dont les niveaux s’élèvent fortement chez les femmes enceintes. Cette hormone a pour effet de ralentir les métabolismes, ce qui explique pourquoi les femmes prennent du poids : elles digèrent moins efficacement les sucres et les graisses. La prolactine a aussi pour effet de développer les hormones du plaisir, les opioïdes. Chez les hommes, cependant, elle inhibe la libido. Mais la prolactine a également tendance à exacerber certains aspects de la personnalité : la douceur, la force, et une plus grande sensibilité émotionnelle. Des qualités idéales pour des futurs parents.

Storey et Wynne-Edwards ont démontré que beaucoup de futurs pères présentent aussi une élévation de leur niveau de prolactine, à l’image de leur partenaire. Et cela était encore plus vrai pour les couples les plus liés sur le plan émotionnel au moment de la naissance. Or, plus le niveau de prolactine est élevé, et plus les symptômes de la grossesse sont aigus : plus l’on prend du poids, plus les nausées sont incommodantes, et plus l’on devient délicat avec les odeurs et les aliments.

Cela implique une seconde conséquence très positive pour les jeunes mamans. Les pères qui présentaient les plus forts niveaux de prolactine étaient aussi ceux qui manifestaient le plus d’attachement pour leurs enfants, et qui savaient le mieux répondre aux besoins de leur bébé. De façon étonnante, dans le même temps, ils affichaient aussi des niveaux de testostérone plus faibles de 30% en moyenne, après avoir tenu leur bébé. Or, moins de testostérone aboutit à des comportements plus compatissants, avec moins d’esprit de compétition, et une moins grande propension à rechercher d’autres aventures amoureuses.

En clair, les hommes bénéficient aussi d’un mécanisme biologique qui les dote des qualités indispensables pour faire d’eux de bons pères de famille. 

  • Source:The Wall Street Journal
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