Les prostituées tunisiennes n'apprécient pas le jasmin

Traditionnellement, dans les vieux quartiers des grandes villes tunisiennes, des bordels prospéraient, depuis que les Ottomans avaient légalisé et réglementé la prostitution. Les marchandes d’amour sont considérées comme des professionnelles et détiennent une carte émise par le ministère de l'intérieur, elles payent leurs impôts, et bénéficient de la protection de la loi. La rue Abdallah Guech située à quelques centaines de mètres de la mosquée principale du coeur du vieux Tunis, est ainsi, depuis le XIXème siècle, la rue des prostituées.

La semaine dernière, des centaines d'islamistes y ont opéré un raid. Armés de cocktails Molotov et de couteaux, ils ont mis le feu aux bordels, hurlé des insultes aux filles de joie, et déclaré que la Tunisie était désormais un État islamiste. Des soldats ont tiré en l'air pour les disperser, mais les islamistes ont obtenu du gouvernement provisoire la promesse que les bordels seraient définitivement fermés. Des maisons closes dans d'autres villes ont également été ciblées, tandis que des manifestations ont eu lieu pour interdire la vente de l'alcool, dans ce pays très dépendant de l'industrie du tourisme. Par ailleurs, un prêtre catholique polonais a été égorgé, et des slogans antisémites ont été entendus à proximité de la principale synagogue tunisienne. Jamais dans son histoire, la Tunisie n'avait souffert de manifestations d'agressivité à caractère religieux.

On a parlé du "Printemps Arabe", pour décrire l’extension des mouvements révolutionnaires d’un pays à l’autre, Tunisie, puis Egypte, et maintenant Libye, comme si l'on n'avait jamais douté qu'il ne s'agisse que d'une ouverture vers plus de démocratie et de pluralisme. Mais si les révolutions sont jugées sur leurs résultats plutôt que sur leurs intentions, alors ces événements survenus en Tunisie font entrevoir la possibilité d'une issue toute autre : le triomphe d’un Islam radical.

  • Source:The Daily Mail
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