Pourquoi donne-t-on un pourboire même lorsque l'on sait que l'on ne reverra jamais le serveur?

Pourquoi acceptons-nous de donner un pourboire à un serveur que nous ne reverrons jamais ? Les hommes sont-ils généreux par nature, ou bien parce que c’est le résultat d’une pression sociale ?

Leda Cosmides et John Tooby, deux chercheurs de l’Université de Santa Barabara, en Californie, ont mis au point une modélisation mathématique sur 200.000 ans d’histoire pour répondre à cette question, reproduisant 10.000 générations d'êtres humains. 

Les sujets de leurs générations étaient dotés d’un certain nombre de points qu’ils avaient hérité et qu'ils pouvaient transmettre, d’une propension à être digne de confiance (c'est-à-dire à ne pas tromper l’autre dès la première rencontre), et il leur était assigné une probabilité que cette rencontre se renouvelle dans le futur. Ceux qui étaient généreux au cours de leurs rencontres accumulaient des points au fur et à mesure (parce qu’ils développaient une coopération avec l’autre), s’ils décidaient de tromper l’autre, ils gagnaient un point sur le coup, mais ne pouvaient plus en gagner par la suite (parce qu’ils n’inspiraient plus confiance). Les chercheurs ont mimé informatiquement leurs interactions en les reporduisant sur les 10.000 générations.

Au terme de cette période, il est apparu que la générosité était payante, ou plus exactement, que le coût de l’égoïsme de prime abord est plus important que le coût de la confiance. Cela s’explique parce que la probabilité qu’une rencontre soit sans suite, et donc, qu’on peut être gagnant à tromper l’autre, n’est jamais qu’une probabilité, plutôt qu’une certitude. Et au final, il est plus payant d’être confiant et généreux, parce qu’on pourra décupler les bénéfices de la coopération qui en découle, et que le cumul de ces gains l’emporte sur le coût associé au risque d’être abusé de temps en temps.

Finalement, ces résultats sont parfaitement logiques. Dans le monde moderne, on n’est pas toujours certain de revoir les personnes que l’on rencontre. Mais dans le monde des premiers hommes chasseurs-cueilleurs, les mouvements limités impliquaient que la probabilité de revoir l’autre était beaucoup plus importante qu’elle ne peut l’être aujourd’hui. Une main tendue à un étranger était donc plus logique sur le plan moral et évolutionnaire.

 

  • Source:The Economist
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