Un médicament contre l’alcoolisme ?

Le cardiologue Olivier Ameisen, était un homme fini il y a cinq ans, détruit par des années d'alcoolisme, qu'aucune des cures de désintoxication auxquelles il s'était prêté n'avaient réussi à guérir. Dans un ouvrage intitulé Le Dernier Verre, il raconte sa descente aux enfers, et comment il a réussi à vaincre son addiction grâce à un médicament qu'il s'est auto-prescrit, le Baclofène, un myorelaxant destiné à traiter les spasmes musculaires.

Suite à un article lu dans le New York Times, relatant l'histoire d'un cocaïnomane guéri de sa dépendance grâce au Baclofène, le docteur Ameisen s'intéresse de plus près au sujet et décide de prendre son premier comprimé. En augmentant la dose il parvient à ne plus éprouver le besoin de boire et se surprend à résister aisément à son verre d'alcool.

Olivier Ameisen publie alors des articles dans des revues scientifiques et quelques médecins prescrivent ce médicament à des patients alcooliques, avec des résultats probants. « La preuve scientifique est plus exigeante et demanderait de vrais essais thérapeutiques comparant deux groupes d'alcooliques prêts à arrêter de boire » explique le professeur Renaud de Beaurepaire, chef du service de psychiatrie à Villejuif en France. D'autres spécialistes sont plus réservés « L'alcoolisme est une maladie complexe, mettant en jeu à la fois des facteurs neurobiologiques et psychosociaux », nous dit Xavier Laqueille, chef de service à l'hôpital St Anne à Paris. « Il est dangereux de faire croire que l'on a trouvé le médicament miracle contre l'alcoolisme. Même si l'on arrive à montrer sur des essais cliniques qu'il a une certaine efficacité chez certains types de patients.» ajoute le chef du service d'addictologie à Paul-Brousse à Villejuif.

Le Baclofène, myorelaxant peu coûteux, utilisé dans la sclérose en plaques ou chez les paraplégiques souffrant de spasmes musculaires, mérite cependant un intérêt scientifique plus poussé, selon Jean-Claude Ameisen, professeur d'immunologie et témoin de la transformation de son frère grâce à ce produit. «Bien sûr, la seule observation de quelques cas cliniques est insuffisante, estime-t-il. Mais les expérimentations animales favorables sont suffisantes pour envisager la mise en place d'essais cliniques.» (Photo)

Le Figaro

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