'Europe', la nouvelle injure du débat politique américain

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  • 02 févr. 2012
  • par Audrey Duperron

Les débats pour l’élection sont en train de prendre une drôle de tournure, vue de chez nous. Au début de la campagne, on a stigmatisé la capacité de deux candidats républicains, Mitt Romney et John Kerry, à parler le français, le comble de l’horreur aux Etats Unis. Dans des clips de campagne, « The French Connection » et « French Mitt Romney », le candidat Newt Gingrich a montré des images de Mitt Romney se présentant et parlant en français. Désormais, les doutes planent également sur Newt Gingrich lui-même, qui parlerait lui aussi le français.

Mais cela est devenu secondaire, puisqu’avec les déboires de la crise de la zone euro, le débat s’est déplacé sur un autre plan géographique, et que désormais, la grossièreté suprême, c’est l’Europe. Les candidats accusent le président Obama de vouloir « européaniser » le pays, en augmentant les impôts pour développer l’Etat-Providence, et pire, en menant une politique socialiste.

Newt Gingrinch a constamment accusé Barack Obama d’être un « Socialiste Européen ». Mitt Romney parle de choix pour les électeurs entre un « Etat-Providence à l’européenne » et un « pays libre ». Lors d’une interview récente donnée à Fox News récemment, il a déclaré : « Je pense que certaines des politiques que le Président Obama a adoptées ressemblent beaucoup aux politiques socialistes européennes ». Il a également soupçonné l’actuel président de chercher son inspiration « dans les capitales d’Europe ».

Pour Iain Murray, du Competitive Enterprise Institute, un think-tank de l’aile droite de Washington DC, on ne peut pas qualifier la politique de Barack Obama de socialiste. Mais il concède qu’il y a bien un petit air de ressemblance avec les politiques européennes, et il la qualifie de "social-démocratie de type UE", tout en comprenant que ses compatriotes peuvent l’assimiler à du socialisme. Les Américains n’ont jamais bénéficié du filet de sécurité que nous connaissons dans les pays européens et chacun sait qu’il ne doit compter que sur lui-même. Au fil du temps, cet état d’esprit est devenu une sorte de réflexe. Fran Burwell, directrice des relations transatlantiques au sein de l’ Atlantic Council, l’explique bien : « Par exemple, prenez la manière dont les gens ont refusé de soutenir l’augmentation des impôts sur les plus riches. Même les gens pauvres ne soutiennent pas cela dans bien des cas ».

Si la zone euro ne parvient pas à se sortir de ses difficultés, lors des élections présidentielles de novembre, beaucoup d’Américains risquent de donner une interprétation très défavorable des concepts d’« Etat-Providence à l’européenne » ou de « politiques socialistes européennes » scandés par les candidats républicains. Et Obama, qui n’a pourtant jamais manifesté qu’il était un président particulièrement europhile, risque bien d’en faire les frais.

Le spot "The French Connection"


Le spot "French Mitt Romney"






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