Musulmans en colère d'Europe : l'échec de la politique d'intégration

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  • 11 janv. 2012
  • par Mylène Vandecasteele
Al Quds

En 2005, Robert Leiken, un politologue américain, a publié un essai intitulé « Europe’s Angry Muslims » (Les Musulmans en colère d’Europe), qui a convaincu les Américains que l’Europe avait échoué à intégrer ses communautés musulmanes, et que cet échec posait une menace dans le cadre de la « guerre de la Terreur».  Plus tard, il a peaufiné son travail pour en faire un livre, « Europe’s Angry Muslims: The Revolt of the Second Generation » (Les Musulmans en colère d’Europe : La révolte de la seconde génération) et ce faisant, il en a atténué quelques aspects, même si l’ensemble reste très critique. Il se penche plus particulièrement sur la situation de 3 pays : le Royaume Uni, la France et l’Allemagne, qui sont ceux dans lesquels on trouve les populations musulmanes les plus importantes d’Europe.

Royaume Uni :

Selon Leiken, c’est dans ce pays que la situation est la pire, ce qu’il explique par 3 facteurs :

- Tout d’abord, parce que les communautés musulmanes pakistanaises, qui sont les plus importantes, sont aussi les plus conservatrices et les plus introverties ;

- L’approche britannique du multiculturalisme a favorisé involontairement la séparation et l’isolement ;

- Enfin, dans les années 1980 et 1990, la Grande-Bretagne a accordé l’asile à des leaders radicaux du Moyen-Orient, ceux-là mêmes qu’il surnomme « les Seigneurs du Londonistan », et qui ont séduit les jeunes britanniques issus de familles musulmanes avec leur rhétorique prônant l’idéologie du djihad. L’une de ces figures est l’iconique Mohammad Sidique Khan, un professeur de Leeds qui a guidé des jeunes Britanniques à commettre l'attentat suicide du Métro de Londres du 7 juillet 2005 qui a fait 56 morts et 700 blessés.

France :

Au contraire du Royaume Uni, la France a réprimé durement l’Islam militant, ce qui lui a permis de limiter le phénomène. Cependant, elle a échoué à intégrer les importantes communautés originaires du Maghreb, pas vraiment pour des raisons purement religieuses, mais plutôt à cause des discriminations dont elles ont été les victimes, de l’attitude de la police et de l’insuffisance des emplois intéressants qui leur ont été proposés.

Allemagne :

Pour Leiken, l’Allemagne est dans une situation intermédiaire. Seulement un tiers des membres de la communauté d’origine turque d’Allemagne a réussi à obtenir la nationalité allemande. Ce n’est que par chance que l’Allemagne a réussi à déjouer un attentat en 2006-2007 qui aurait pu être aussi grave que les attentats de Londres.

Un autre auteur, Jonathan Laurence, du Boston College, vient cependant amender son analyse. Dans « The Emancipation  of Europe’s Muslims » (l’émancipation des Musulmans d’Europe), il explique que les pays d’accueil ont compris que les pays d’origine n’étaient nullement intéressés à les aider à intégrer les communautés musulmanes. Désormais ils appliquent une stratégie différente, qui consiste à déterminer des interlocuteurs pour entretenir le dialogue. Laurence estime que cette approche  favorisera l’émergence de leaders islamiques plus pragmatiques pour guider les communautés à bâtir leur avenir dans les pays européens.

  • Source:The Economist
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