Pourquoi les démocraties échouent-elles, comme les dictateurs?

Dans le New York Times, l’économiste Thomas L. Friedman raconte qu’un diplomate singapourien à la retraite, Kishore Mahbubani, vient de publier un essai dans le Financial Times, qui commence de la façon suivante : « Les dictateurs échouent, parce qu’ils racontent des mensonges ». Mouammar Kadhafi mentait en prétendant être aimé de son peuple, et contrôlait en même temps les communications pour éviter les dissidences. Mais avec les téléphones portables, les Libyens purent se connecter avec le reste du monde.

Les démocraties échouent aussi. Pourquoi ? parce qu’elles ont menti aussi. La zone euro a été bâtie sur un mensonge : celui que les pays pourraient avoir une union monétaire, tout en gardant une indépendance fiscale. En Amérique, aucun leader politique ne dit la vérité. Ils se contentent d’affirmer que la reprise est imminente. Mais ce n’est pas une récession normale, et il n’y aura pas de solution indolore. La situation exige des sacrifices, et le peuple américain le sait, affirme Thomas Friedman.

Durant la Guerre Froide, les Américains devaient faire front contre les Russes. Ils ont aussi dû faire front contre Al Qaida. Mais il y a une différence essentielle entre ces deux guerres : la Guerre froide a été utilisée comme excuse pour réaliser de grands projets : construire un vaste réseau autoroutier qui traverse les Etats Unis, envoyer un homme sur la Lune, repousser les limites de la science, et maintenir une discipline fiscale, avec, au besoin, des augmentations d’impôts. C’est à ce prix que l’Amérique a gagné la Guerre froide.

Mais George W. Bush a fait tout le contraire : il a utilisé le 11/9 comme une excuse pour baisser les impôts, pour commencer deux guerres qui n’ont pas été financées par des augmentations d’impôts, pour créer un nouvelle ligne de dépense très couteuse pour le système de santé américain et pour baisser les impôts des plus riches. Au final, le 11/9 n’a été utilisé que pour créer des scanners corporels et envoyer des légions d’agents de sécurité dans les aéroports.

« Pour une fois, M. le Président, commençons un débat avec la vérité. Dites-nous ce que vous pensez qu’il faudra que nous fassions pour sortir de cette stagnation, quelles sortes d’actions collectives et de sacrifices partagés seront nécessaires pour que cela puisse non seulement nous permettre de nous en sortir sans trop de mal, mais aussi restaurer la grandeur de l’Amérique », conclut-il, à l’adresse de Barack Obama.

 

  • Source:The New York Times
Share
PALMARES BEL20