La petite histoire du Monte-Carlo des Caraïbes

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  • 21 févr. 2011
  • par Audrey Duperron

"La terre de la prospérité et de l’optimisme aveugle", c’est ainsi que Lucy Mott Lea décrit l’archipel d’une quarantaine d’îles qui forme le territoire de Turks and Caïcos dans les Caraïbes. Ici aussi, la bulle spéculative immobilière a sévi, et se renouvelle l’étonnant spectacle de développements immobiliers inaboutis, ceux d’hôtels de luxe à peine sortis de terre et déjà abandonnés, pour cause de déboires financiers, et même, d’enquêtes criminelles.

Ce territoire Britannique était devenu il y a dix ans l'un des lieux de villégiature favoris de la crème de la jet set mondiale, ce qui avait favorisé la prolifération d’extravagants projets hôteliers à la faveur de l’afflux d’argent facile. En 2008, le PIB de l’archipel avait été de 800 millions de dollars, dont 65% étaient directement issus du secteur de la construction, de la finance et du tourisme. Une commission d’enquête, commanditée par le comité des Affaires Etrangères du Parlement Britannique évoque cependant l’importante corruption à laquelle le Premier Michael Misick, s’est trouvé impliqué, et à la suite de laquelle, le gouvernement de l’archipel a été dissout, et les élections repoussées, en attente d’une clarification.

Sur sa page Facebook, Misick, surnommé Iron Mike (Mike de Fer) se décrit comme un "visionnaire charismatique", et son rêve avoué était de faire des Turks and Caïcos le Monte Carlo des Caraïbes. Avocat de formation, il opérait une société de services financiers. Devenu Premier en 2003, la plus haute fonction sur l’archipel, il aurait abusé d’une disposition légale pour les indigènes leur permettant d’acquérir des terrains qualifiés de "Crown land" (terre de la couronne), beaucoup moins cher que le prix normal. Le rapport de la Commission suggère que certains membres du gouvernement et leurs familles auraient abusé de cette facilité, et auraient acquis des parcelles à bas prix qui auraient ensuite été revendues beaucoup plus cher à des promoteurs immobiliers. Le Ministre des Ressources naturelles s’est ainsi écrit une lettre à lui-même, dans laquelle il approuve son propre achat de terrains "Crown land", selon la Commission d’enquête. Misick et son frère auraient également reçu des sommes d’argent de promoteurs à titre de "commissions" pour avoir trouvé des terrains, d’autres vaguement qualifiées de "prêts", et même des dons pour son parti politique.

Misick s’est défendu en expliquant qu’il "regrettait" son "jugement erroné". Plus tard, il expliqua au Times que pour créer le Monte Carlo des Caraïbes, il était nécessaire d’apporter "la première infrastructure du monde, les hôtels les plus prestigieux du monde, des célébrités, des hommes d’affaires".

Deux ans après les résultats de la commission d’enquête, les habitants de l’archipel, condamnés au chômage et à des dettes publiques abyssales, blâment les Britanniques, plutôt que Misick, de leurs revers de fortune.

(Photo flickr/Image: '071104_turks_caicos_0042')

  • Source:Bloomberg Business Week
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