Les grands vins de Bordeaux fusent

Cette semaine, Robert Parker, le critique œnologue de renommée internationale, surnommé le Pape des vignobles, avait recommandé aux négociants du Bordelais de modérer les augmentations de prix pour le cru 2010, les menaçant de faire les frais d’une crise s’ils exagéraient trop dans le contexte d’une économie internationale fragile.

Mais il n’a visiblement pas été écouté. Le millésime 2010 du grand cru classé Pontet Canet vient d’être proposé à la vente hier à 100 euros, en hausse de 39% par rapport à l’année dernière, un cru exceptionnel, et de 113% par rapport à 2005, une autre année d’exception.

Les traders ont comme de coutume contacté leurs clients dans le monde entier, et après que quelques heures s’étaient écoulées, le précieux breuvage en avait fait de même. « Pontet Canet se vend comme des petits pains » a tweeté un négociant en vins, Bordeaux Index, qui a affirmé qu’il avait liquidé son stock dans la demie heure. A Hong Kong, c’était la même frénésie. Adam Bilbey, qui travaille chez Berry Brothers’, raconte que les 20 minutes qui ont suivi la sortie du Pontet Canet 2010 ont été les plus folles de son existence… 

Une véritable bulle s’est formée dans le petit monde du marché des grands vins de Bordeaux, créée par un très petit nombre d’acheteurs, dont certains estiment qu’ils ne sont que quelques centaines, en Asie, et qui gonfle avec la spéculation venue de l’Ouest qui les suit, parce que les noms des crus les plus fameux se sont avérés être de bons investissements depuis quelques années.

« Bordeaux est l’épicentre des plus grands vins, commente Robert Parker. « Bordeaux est trop tourné vers le riche marché asiatique. Même s’il y a beaucoup de gens riches en Chine, c’est un jeu très dangereux s’ils augmentent les prix, parce que l’économie mondiale est très, très fragile ».

Et les acheteurs de Chine et de Hong Kong, désormais le marché le plus important pour les vins de Bordeaux, peuvent être volages aussi.

Dans d’autres contrées du monde, c’est une autre histoire. Beaucoup de consommateurs subissent les effets de la dépréciation du dollar, qui renforce le prix du vin. Beaucoup de clients américains n’ont pas digéré les grosses augmentations de l’année dernière. Le marché britannique n’est guère mieux.

 

Quelques exemples des vins de Bordeaux ayant fortement augmenté cette année :

 

Giscours: € 43,50 par bouteille: +19,2% par rapport à 2009 (€ 36,50), +27,2% par rapport à 2005 (€ 34,20)

Cos Pagodes: 40 € par bouteille: +11,1% par rapport à 2009 (€ 36), 90,5% par rapport à 2005 (€ 21)

Calon Ségur: € 57,60 par bouteille: +12,5% par rapport à 2009 (€ 51,20), 25% par rapport à 2005 (€ 46)

Haut Batailley: € 27,50 par bouteille: 17% par rapport à 2009 (€ 23,5), 28% par rapport à 2005 (€ 21,50) 

 

  • Source:The Daily Telegraph
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